Gaspard de Besse, “le Robin des Bois provençal”

« Effrayez mais ne tuez point » Telle est la devise de Gaspard de Besse, le célèbre bandit varois. Capturé, jugé et condamné, il est vif à Aix en Provence en 1781.

Le 9 Février 1757, une petite maison de Besse sur Issole, dans le département du Var, retentit des cris d’un nourrisson.
Ce petit garçon qui vient au monde sera prénommé Gaspard. Sa mère s’appelle Thérèse Roux et son père Jean Baptiste Bouis, il est ménager de profession.

Un ménager de ses biens est un propriétaire moyen produisant de quoi vivre, il peut posséder quelques hectares et une paire de bœufs.

Frédéric Mistral, lui-même fils de ménager, dit de son père qu’il est « une sorte d’aristocrate qui fait transition entre le paysan et le bourgeois »

Élevé par un curé

Gaspard est baptisé à l’église du village dédiée à Marie Madeleine, un an plus tard son père décède. Le curé Barban le prend sous son aile et lui donne une éducation au-dessus de sa condition, d’ailleurs à son procès il cite des auteurs latins et des philosophes de son temps, sa mère se remarie par la suite avec François Mourlan, de cette union naît une demi-sœur, Marie Anne dont il est le parrain


De sa petite enfance on ne sait pas grand-chose. C’est ici que se mêlent l’histoire et la tradition orale. Gaspard est un solide garçon de belle prestance, à la faconde toute méridionale. Il est paraît il un gai luron aimant les galéjades et on raconte ses frasques le soir à la veillée au coin de l’âtre. On retrouve sa trace à l’âge de 17 ans lorsque remarqué par les sergents recruteurs il signe inconsidérément son engagement dans les armées du roi, il quitte son village en 1774 pour Toulon.

Révolté par une injustice

Comment il en est arrivé au banditisme, on ne le sait pas vraiment mais sa solide éducation lui fait prendre conscience de l’exploitation des gens de son milieu, somme toute modeste, par l’écrasante pression fiscale et les abus des Fermiers Généraux. Selon la légende, il a été révolté par le sort de Claire Augias qui sombre dans la misère avec ses quatre enfants, son mari Jacques ayant été envoyé au bagne pour le vol d’un sac de sel qu’il a revendu sous le manteau.


Gaspard a fait évader Jacques Augias ainsi qu’un certain Joseph Brouilly de Vidauban, ces deux hommes sont devenus par la suite ses lieutenants.
On lui impute également la libération d’une colonne de galériens qui s’unissent à la bande
Les trois hommes et leur troupe trouvent refuge dans des grottes de la région dont « le trou de Besse » près d’Ollioules, la grotte du Mont Vinaigre dans le massif de l’Esterel ou l’auberge des Adrets entre Mandelieu et Fréjus. Certaines de ces caches sont sujettes à caution, Gaspard et sa bande n’ayant jamais commis de larcins dans les environs.

Attaques de diligences

Ils commettent leurs premiers larcins à Cuges les Pins en attaquant des turgotines qui sont des diligences destinées à de grands trajets et tirées par 6 à 8 chevaux ; elles sont créées par Turgot, ministre des finances de Louis XVI, d’où leur nom.
Ce moyen de transport est utilisé par de riches marchands qui se rendent en Italie pour leur commerce, c’est au col de l’Ange entre Gemenos et Cuges que Gaspard et sa bande tendent leurs embuscades mais jamais le sang n’est versé.

Il reverse ensuite une part de son butin aux pauvres, ce qui lui vaut le surnom de « Robin des Bois Provençal » ou « le Mandrin Provençal » en référence à Louis Mandrin, un contrebandier Isérois ayant sévi dans le Dauphiné quelques années avant lui. Bien sûr , ces actions d’éclat déclenchent une chasse à l’homme et sa tête est mise à prix. Il est capturé vraisemblablement à la suite de la trahison d’un de ses hommes à qui on promet la vie sauve contre des renseignements permettant sa capture.
Transféré à Aix en Provence où il est jugé son procès dure un an, le peuple étant acquis à sa cause.

Il dénonce alors d’une intervention que « les deux fléaux de la Provence sont le Mistral et les Fermiers Généraux »

Roué et décapité

Bien qu’il n’ait pas de sang sur les mains, il est condamné et exécuté. Attaché sur une roue de charrette bras et jambes écartés qu’on lui brise à coup de barre de fer puis décapité. Sa tête est exposée sur une pique à l’entrée du bois des Taillades où il commit ses larcins. Il a alors 24 ans.


Une telle destinée ne peut se terminer sans une histoire de trésor enfoui paraît il dans la plaine de Cuges les Pins, trésor que l’on cherche encore aujourd’hui.

Claude Boyer

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